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Peindre, pour mieux y voir; mais la peinture est un maître exigeant, parfois tyrannique.
René Char écrivait : "Développez votre étrangeté légitime" C'est très beau comme comme programme, bravo! Mais que c'est difficile, car l'étrangeté nous est le plus souvent étrangère elle-même. C'est elle qui nous surprend la plupart du temps. Je dirais plutôt : préparez-vous à accueillir votre étrangeté légitime, le développement je le laisse à d'autres.
J'ai la peinture devant moi comme un mur à escalader sans cesse.
...d'avant quoi d'ailleurs? je me le demande . Le poème est hors du temps. Le poème est un bloc de présence.
A MOUR RIRE
L'amour c'est ce dont on parle
Mais quand on n'en parle plus
Est-ce encore de l'amour?
L'amour c'est ce dont on parle
Mais quand on en parle
Est-ce toujours de l'amour?
L'amour sait
Tout ce qu'on ne peut pas dire
Alors peut-être
D'amour parler c'est n'en rien dire .
L'amour mythonne
L'amour m'étonne
Métamorphose qui nous fige
Ce petit moi qui n'est pas moi
Amour insensé
Pygmée qui nous piétine.
Et après que nous reste t-il ?
Cet océan de sentiments empêtrés qui nous sert de veste
Et la glu des molles minutes
Où nos corps pétrifiés se vérifient
Les jours se pleurnichent l'un l'autre quand on n'a pas envie d'aimer.
LES MOTS
Les mots maudits
Mots qu'on ne dit pas..
Mais,qui ne dit mot consent
Voila!
Les mots qu'on sent
Mais qui ne veulent pas se dire
Les mots qui ne savent pas
Ou qu'on ne sait pas
Les mots muets
Exemplaires froids
De l'instant qui se passe sans nous
Les mots
Minutes qui nous glissent dedans
Qu'on ne peut dire ni maudire
Ceux qui claquent la porte
Et qu'on regarde btement partir
Comme si on pouvait guŒrir
D'Œtonnement
Les mots limaces qui laissent des traces
Sur le papier
Tout en s'autotamponnant de tout
Mots modernes et mots fils
Mots zaiques et mots archaiques
Petite musique des mots passants
J'ai de tout temps été fasciné par le mystérieux pouvoir qu'a le monde sur nous. Comment peut-il engendrer autant de regards différents? Très tôt j'ai eu le sentiment d'être un spectateur privilégié de l'étrangeté de la vie. Le monde est un cadeau… qui nous échappe à chaque instant. Ainsi entre (ou n'entre pas) le merveilleux dans la vie. Il entre et il sort. Pourtant au moment même où tout semble nous filer entre les doigts nous pouvons en saisir une partie de l'énigme, en fixer quelque chose par les moyens de la peinture ou de la poésie. Ainsi nous pouvons approcher le silence étonnant des choses.
On croit que c'est le monde qui nous échappe mais c'est notre propre regard qui rend trop vite les armes et glisse sur les choses. Le monde, lui, est toujours à sa place là où il est; c'est pourquoi il s'agit de dérouter le sens habituel des images pour retrouver une autre harmonie qui s'impose à notre regard, celui-ci s'en trouve alors rafraîchi. Cela nous permet d'habiter le monde différemment.
Ma formation est en grande partie personnelle : j'ai commencé dans l'artisanat, la taille de pierre et la sculpture. Ensuite j'ai éprouvé le besoin de travailler le dessin d'après nature puis la peinture à l'huile, à l'encre, à l'acrylique sur différents supports. Dans mon travail je combine des démarches parallèles et j'utilise successivement plusieurs techniques pour ouvrir des possibilités de bifurcation inattendues. Ce qui m'intéresse c'est ce qui me surprend puis m'attire vers l'inconnu. Mon principe est de ne refuser aucune idée même si elle me paraît au premier abord saugrenue. Du moment qu'elle m' a traversé l'esprit je me dis qu'elle est mienne et que je dois la considérer avec sérieux, y réfléchir, l'expérimenter. C'est comme un devoir. Ensuite je peux en jouer comme je veux, en faire quelque chose ou rien.
Cézanne disait qu' « un artiste doit faire son œuvre comme l'amandier ses fleurs, la limace sa bave ». Je trouve son indication précieuse et cette formule dans son apparente simplicité me plait bien.