EXTINCTION
Eteins les yeux, ferme les paupières
Pense au soleil
Qui fabrique des rayures
Dans l'espace d'à coté .
Soleil plié
En deux en quatre
Réverbéré
Offrant l'infinité des rives
A tes rêves
Soleil à la manque
Soleil de rien du tout
Pense à tes yeux oblitérés
Pavés de blanches poussières
Vois ces orbites désolées
Qui obéissent au sponsor
Et coupe la communication
GAITE
Grand océan
Sans crépuscule
La mer chamboule les pendules
Les jolies vagues cul à cul
Ont plein de possibilités
Un oiseau blanc fait une bulle
Devinez où ?
Sur mon beau pull
Je me dis :
Et si ça macule ?
Je ris de ma naïveté .
Sur moi le soleil se bouscule
Et j'ai un peu les idées nulles
Elle m'a piqué la tarentule
Qui me bourdonne ma gaîté .
Que fais-tu ?
Dans la pensée limousine du temps
Qu'attends-tu ?
Dans l'ombre réfrigérée de la toute présence
Que rumines-tu ?
Tu as oublié l'eau lente
Les mandibules du présent n'ont plus de prise
Tu es l'abonné absent
Comme une feuille oubliée sur le bord de la page.
EXTASE
Envahissement des nichons de poivre
Son suc de Gésivaudan
Me pénétrait comme une brume .
Ses papilles reglues érigées de rosée
Hoquetaient.
Un jus splendide nous enveloppait
Monument de la chair
Nous nous taisions.
Enfermés dans le bloc blanc de la nuit
N'avions-nous plus de points communs avec nous mêmes ?
Il manquera toujours à ma joie
L'instant où tout devient poudre de silence.
L'espace a refermé ses bras
Rien n'est étreint.
LE VENT
Le vent s'étale, plus ou moins calme
A la faveur des branches rassasiées
L'herbe mue et le chant se dresse nu
Au dessus
De l'épine dorsale de la mer.
C'est le vent géomètre qui calcule et qui parle
Le vent horloger de la peur qui s'installe.
Les choses sont-elles dérangées ?
Ont-elles été un jour rangées ?
Retrouver les choses à leur place millimétrée
Epluchées de la purée des mots
Obscure nécessité de la justesse
Exactitude de la patience
Rigueur du regard mouillé de reconnaissance
A l'infinitive de l'effacement
Presque au ras de la soupière du sol.
Répartition de la présence.
LE SOLEIL
Le soleil est mon arbre de midi
Aussi loin que la terre s'amoncelle
Je suis à l'ombre de sa nacelle
Où je rêve de Rawalpindi.
Dans la bicoque de la vie c'est vrai,
Gémir n'est pas de circonstance
Inventer mes fusées de plaisance
Ne fera pas de moi un ravi
Certes, mais il me faut le dire
J'aime le jour mieux que la nuit.
RALENTISSEMENTS
Je suis de la lenteur qui ravine les pierres.
Assis dans l'ombrageux détail de l'univers
Je mesure le vent je scrute la prière
Qu'adressent aux mourants des roseaux de lumière.
Je suis né de la molle tenture du temps
J'évalue le hasard qui me fige têtard
J'embaume les kaléidoscopiques moments
Qui me cadencent en un regard.
Je rumine le temps qui me reste vermine
A quelques omoplates de mes rêves obtus
Des pensées braseros j'allume les fétus
Et je m'enfonce dans l'herbe où rien ne se termine.
Je sais trop bien qu'un jour à mon tour rabougri
La mer sera lassée de mes petits soucis
et déjouant de peu les prévisibilités
un sein voluptueux se gonflera sans moi.
Pas mon cœur de rocade pour en faire le tour.
Dans ta prison de mort dernière
Mère où vas-tu, où t-en vas-tu ?
Tu étais, je suis, nous étions
Tu étais et nous étions.
Où tu étais mère j'allais et nous étions
Tu allais et nous vivions, tu vivais et nous allions,
Où t'en vas-tu mère, où es-tu ?
Plus de lumières, plus de maison,
Tu étais où nous étions pourtant.
Dans les chemins roulent les pierres
Indifférentes à nos misères,
Dans les trous les feux de la terre
Brûlent pareils à des ludions.
Où étais-tu mère quand nous vivions
Les impatiences de nos présents.
La peau douce du monde sans toi
Est-ce possible seulement ?
Le temps est devenu borne de lumière
Les livres ne sont plus mystère
qui faisaient vibrer ton regard.
L'horizon est borgne depuis
Que l'imbécile hasard t'a jeté hors de nous
Sur la chaussée de catastrophe
Mère entends-tu la colère
et la rage qui désespère?
Tu étais j'étais nous étions et pourtant
La valse des hésitations ne referment plus tes paupières
En battements si émouvants.
Quand tu étais nous allions, éclats de regards fiers
Au devant des lumières, nous allions…
Où vas-tu mère, où t'en vas-tu ?
Ce soleil qui décide de tout et de rien
Comment est-ce possible ?
D'un moment à l'autre tout s'expatrie
Depuis que tu as pris langue
Avec le ventre chaud de la terre
Dans ta prison de mort dernière.
APRES
Après que les hommes se seront longuement massacrés
Les autres auront longtemps regardé
Le temps se diluer
La mort ne se serait jamais autant délectée
Terrible l' interminable dilatation du temps
A la hauteur de la tuerie
Le présent boursouflé gonflé comme une bulle
Résonnerait réfracté par les regards
Et les autres n' oseraient faire quoi que ce soit
De peur que ça ne revienne
De peur
Tous englués de haine et de peur
Un cri fut pourtant le signal de la paix retrouvée
Sans doute d'autres tueries fuseraient
Pour que les hommes deviennent vivants.
Un cri à faire reluire les ailes fatiguées du temps
Un seul cri restaurant l'antique ménagerie des mots
C'était comme si
Rien
Etait là en personne
Dans la volière du calendrier somnolent
La mort était redevenue normale.
ARC-BOUTE
Arc-bouté à ce rêve souci
Même île où le rivage fait rage
Les idées-sbires défilent
A croire manège de masques
grotesques
Attendu qu'atteinte et déjà mourante
L'idée
Mère du beau souci
N'a plus besoin
Sempiternellement
J'attends.
CRAC
Crac je crie je crois
Car de qui de quoi
Je suis certain de rien
Salamalecs s'avancent
Suis-je Sud ? je pense
Abruti de rien
Car la grande amphore
Celle qui me dévore
Et me ratatine
N'augure de rien
Je vais je la prends
C'est à mes dépens
Car je n'y
Vois rien
Peut-être qu' hostile
A moi-même
Je bile
De n'y voir rien
Et les jours s'empilent
Comme des chiens.
ARBRE
A l'abri je pige quoi ?
Les vents durs se bousculent dehors ,
Méchantes haleines .
Je vole un éclair des fois
Que j'avale tout doucement
Pour faire durer .
Des fois
Le son tinte de ma voix
Ou d'une autre
C'est si rare
Alors
Vraie mécanique d'insomnie
Je me plante dans l'instant bizarre
Chaîne où se pendule le rire fou
Arbre
Pour un moment
J'étais mort bien avant de naître et depuis si longtemps.
Je n'étais pas encore partisan de moi-même ni de rien,
moulé dans l'océan fleur au milieu des pierres, écume rousse au bord des champs/ avoines aux seins brûlés/
effluve vibrante dans la grande prairie sans auberge.
C'était ça ou rien ... J'aurais pu : rien. Tout me poussait vers tout.
Depuis j'ai pactisé avec le temps.
Déjà quelques peintures, il y aura des sculptures, des poésies aussi, à qui mieux mieux, à qui veut voir.